Cette formule choc, et bien connue, illustre parfaitement le dilemme du traducteur.

Nous parlons là de celui qui maîtrise parfaitement langue cible et langue source, qui en ressent toutes les nuances et les finesses. Et qui, à titre personnel, lit toujours une oeuvre dans le texte original.

La traduction assermentée est essentiellement administrative, mais n'échappe pas pour autant à ce problème qui peut aussi se résumer par "faut-il donner priorité au sens ou aux mots".

Premier exemple simple, la phrase standard "para hacer valer y constar" se traduit littéralement par "pour faire valoir et constater" mais l'expression équivalente en bon français est "pour faire valoir ce que de droit". Elle a notre préférence.

Autre exemple plus général : les documents officiels issus d'Amérique du sud sont souvent rédigés dans un style très emphatique, très fleuri. Faut-il les traduire en respectant leur style ou en les transformant dans l'équivalent, bien plus froid, qui est d'usage en Europe ?

Notre réponse sera "un peu des deux". Certaines tournures, une fois traduites, peuvent sembler presque ridicules, et la traduction à finalité juridique doit fournir au lecteur un résultat transposé selon ses moeurs et ses habitudes. En même temps il n'est pas possible de trop s'écarter des mots, et le texte doit aussi conserver l'empreinte, le parfum, de son lieu de naissance. Il faut naviguer entre ces deux axes contradictoires.