Paris le 01/12/2017

La SFT a diffusé en octobre 2017 un guide à l’intention des experts judiciaires traducteurs.

Ce guide contient de louables indications concernant le médiocre niveau de confidentialité des agences et l’obligation des experts de signer uniquement ce qu’ils ont eux-mêmes traduit en toute indépendance, certaines agences essayant de leur acheter leur coup de tampon, et/ou d’obtenir des feuilles vierges pré-signées, ou encore d’établir un lien de subordination.

Mais il se termine par une recommandation surprenante :



La SFT rejoint ainsi dans ses propos une autre association, la CNCEJ, les deux intimant aux experts traducteurs de s’abstenir de toute publicité ou présentation commerciale, la SFT pour des raisons de "non-fongibilité" et la CNCEJ sans justification (Vade-mecum de l’expert de justice - page 34).

Le problème est que les usagers n’ont que deux possibilités pour obtenir la traduction officielle dont ils ont besoin : les experts ou ... les agences. Et qu’en demandant aux uns de se faire discrets, on favorise les autres.

Commençons par l’aspect juridique: il n’existe aucune loi interdisant aux experts judiciaires de faire état de leur titre, qu'ils soient traducteurs, médecins ou architectes. D'ailleurs si une telle loi avait existé, la SFT et la CNCEJ l'auraient sans nul doute citée.

Poursuivons par la situation des agences. Elles vendent des prestations qu’elles ne peuvent réaliser que si elles ont un expert de la langue demandée parmi leurs salariés, ce qui est rarissime. Dans 99% des cas, elles sous-traitent les commandes obtenues à des experts. Le prix payé par l’usager est alors sensiblement plus élevé, à moins qu’elles n’utilisent justement les techniques dénoncées par la SFT (traductions réalisées par des pigistes non-assermentés et "prêt de tampon"). D’autre part les agences recourent massivement à la publicité, surtout sur Google Adwords.

Ainsi, si cette consigne était suivie, les experts demeureraient cachés, accessibles uniquement via les listes de tribunaux … pendant que les agences occuperaient tout l’espace de communication moderne. Les usagers paieraient toujours le prix fort en ignorant que les agences sous-traitent, et les experts seraient totalement "ubérisés".

Ces prises de position portent préjudice aux usagers et aux experts. C’est bien au contraire en recommandant aux experts de se faire connaître du public que les pratiques illégales disparaitront. En attendant que la législation évolue enfin pour sanctionner un délit d’exercice illégal de l’expertise judiciaire.

Maria Elvira Cuadrenys
Traductrice et interprète en espagnol et catalan
Experte près la Cour d'Appel de Toulouse